ChatGPT en entreprise : que deviennent vos données confidentielles ?
Vos équipes utilisent déjà ChatGPT, avec ou sans votre accord. La question utile porte sur les données qui y transitent, sous quelle offre, et à quel moment un abonnement ne suffit plus. Ce guide fait le point, offre par offre, sur ce que dit OpenAI, sur les risques réels (secret des affaires, RGPD, santé), sur la charte à mettre en place et sur les alternatives européennes.
- Sur les comptes gratuits et individuels, les conversations peuvent servir à améliorer les modèles d'OpenAI par défaut ; sur Team, Enterprise et l'API, l'éditeur indique qu'elles ne sont pas utilisées pour l'entraînement.
- « Non utilisé pour l'entraînement » ne signifie ni « non conservé » ni « hébergé en France » : conservation, localisation et accès relèvent d'autres clauses, à lire et à dater.
- Les risques concrets sont le secret des affaires, le RGPD (données de clients, de salariés, de candidats) et les données de santé, qui exigent un hébergeur certifié.
- Une charte d'usage d'une page, un abonnement professionnel avec accord de traitement et une formation par équipe couvrent l'usage bureautique.
- Un assistant sur mesure (RAG, serveur MCP) se justifie quand l'IA doit lire vos documents, agir dans vos outils ou traiter des données sensibles en France.
Ce que deviennent vos données selon l'offre ChatGPT
« ChatGPT entreprise » recouvre plusieurs produits aux règles différentes. Le tableau résume ce que la documentation publique d'OpenAI indique au 9 septembre 2026. Ces règles changent plusieurs fois par an : avant toute décision, relisez les conditions d'utilisation, la politique de confidentialité et les pages consacrées à la confidentialité des offres professionnelles d'OpenAI, et faites-les figurer au contrat.
| Offre | Entraînement des modèles sur vos conversations | Cadre contractuel | Points d'attention |
|---|---|---|---|
| ChatGPT gratuit, Plus, Pro (comptes individuels) | Utilisées pour améliorer les modèles par défaut, sauf désactivation par l'utilisateur dans ses réglages ou usage du mode temporaire | Conditions grand public entre OpenAI et la personne, sans accord de sous-traitance avec l'entreprise | Aucune administration, aucune visibilité de l'employeur, conservation et localisation fixées par OpenAI |
| ChatGPT Team | Non utilisées pour l'entraînement par défaut, d'après OpenAI | Conditions professionnelles, accord de traitement des données (DPA) disponible | Espace administré, facturation par utilisateur ; vérifier les options de localisation et de conservation dans l'offre en vigueur |
| ChatGPT Enterprise | Non utilisées pour l'entraînement, d'après OpenAI | Contrat négocié, DPA, engagements de sécurité (audits SOC 2 déclarés), authentification unique (SSO) | Résidence des données en Europe et durée de conservation à négocier ; l'éditeur reste une société américaine |
| API OpenAI (pour vos logiciels) | Non utilisées pour l'entraînement par défaut, d'après OpenAI | Conditions de service professionnelles, DPA | Conservation limitée des requêtes pour la lutte contre les abus (de l'ordre de 30 jours d'après la documentation), rétention nulle sur demande pour certains usages, options de région européenne |
Deux rappels utiles. D'abord, « non utilisé pour l'entraînement » ne veut pas dire « non conservé » ni « inaccessible » : la conservation, l'accès par le personnel de l'éditeur et les demandes d'autorités relèvent d'autres clauses. Ensuite, ces engagements ont déjà été bousculés : en 2025, une décision de justice américaine a contraint OpenAI à conserver temporairement des conversations d'offres grand public et de l'API, y compris celles supprimées par les utilisateurs, dans le cadre d'un litige sur le droit d'auteur. Un contrat solide et une localisation choisie réduisent ce risque sans l'annuler. La page ChatGPT en entreprise décrit les trois produits et leurs usages.
Les risques concrets : secret des affaires, RGPD, santé
Le secret des affaires
La loi française protège une information au titre du secret des affaires à condition que l'entreprise ait pris des mesures de protection raisonnables. Coller un plan stratégique, un prix de revient ou un code source dans un compte ChatGPT individuel, dont les conversations peuvent servir à l'entraînement, fragilise cette protection le jour d'un contentieux. Plusieurs grands groupes ont interdit l'outil grand public après des incidents de ce type dès 2023.
Le RGPD
Une fiche client, un CV, un e-mail nominatif, un compte rendu d'entretien sont des données personnelles. Les envoyer à ChatGPT est un traitement : il faut une base légale, une information des personnes, un sous-traitant identifié avec un accord de traitement (DPA), une durée de conservation et, pour un transfert hors Union européenne, un mécanisme valide. Avec un compte individuel, aucune de ces conditions n'est remplie. La CNIL a publié des recommandations sur le développement et l'usage de l'IA générative ; l'autorité italienne a sanctionné OpenAI fin 2024 sur la base légale et l'information des utilisateurs. Le sujet est suivi de près.
Les données de santé
En France, l'hébergement de données de santé à caractère personnel exige un hébergeur certifié HDS. ChatGPT ne l'est pas. Un cabinet médical, un laboratoire, une mutuelle ou un service RH qui traite des arrêts de travail ne peuvent pas y envoyer de dossiers, quelle que soit l'offre. Le cas est détaillé dans la page IA pour la santé.
Le secret professionnel
Avocats, experts-comptables, notaires : le secret professionnel s'applique à ce qui est confié à un tiers technique. Un abonnement professionnel avec DPA est le minimum ; un outil hébergé en France ou en interne est souvent la seule réponse acceptable pour les dossiers sensibles, comme décrit pour le secteur juridique.
ChatGPT Team ou Enterprise : lequel choisir ?
Pour une PME, ChatGPT Team règle l'essentiel de l'usage bureautique : conversations exclues de l'entraînement par défaut, espace administré, facturation par utilisateur de l'ordre de quelques dizaines d'euros par mois. ChatGPT Enterprise s'adresse aux organisations qui ont besoin d'un contrat négocié, d'une authentification unique sur l'annuaire, de contrôles d'administration fins, d'engagements de conservation et d'une localisation des données ; le prix est sur devis auprès d'OpenAI.
Entre les deux, le critère est moins la taille de l'entreprise que la sensibilité des données et l'exigence du DSI. Dans les deux cas, l'outil ne connaît pas vos documents internes et n'applique aucun droit d'accès métier : il reste un assistant généraliste. Les alternatives (Claude Team ou Enterprise, Le Chat de Mistral, Copilot Microsoft 365) se situent dans les mêmes ordres de grandeur ; la page prix d'un assistant documentaire les compare à un outil sur mesure.
Vous avez un cas concret en tête ?
Vingt minutes suffisent pour savoir si c'est faisable et par où commencer.
Une charte d'usage interne en une page
La charte est la mesure la moins chère et la plus efficace. Elle tient sur une page, signée par la direction, diffusée à tous.
- Outils autorisés. La liste nominative (par exemple ChatGPT Team sur le compte de l'entreprise, Le Chat Pro, Claude Team) et l'interdiction des comptes personnels pour tout usage professionnel.
- Données interdites. Données de santé, données bancaires, données personnelles de clients ou de salariés, secrets de fabrication, code source propriétaire, documents classés confidentiels, informations couvertes par un accord de confidentialité avec un tiers.
- Données autorisées avec anonymisation. Un e-mail client sans nom ni référence, un extrait de contrat sans les parties, un tableau sans identifiants.
- Relecture obligatoire. Tout texte produit par l'IA est relu avant envoi ; l'auteur reste responsable. Les chiffres et les références sont vérifiés à la source.
- Transparence. Quand un contenu généré est transmis à un client ou à une autorité, la règle de mention est fixée à l'avance (brouillon relu ou contenu automatisé).
- Réglages. Désactivation de l'amélioration des modèles sur tout compte individuel toléré, mode temporaire pour les essais, authentification à deux facteurs.
- Contact et incident. Une personne référente, une adresse pour poser une question, et la marche à suivre si une donnée interdite a été envoyée (signalement, suppression de la conversation, information du DPO).
La charte s'accompagne d'une demi-journée de formation par équipe sur des cas réels, et d'une revue tous les six mois : les offres et les usages changent vite.
Les alternatives : Mistral, Claude en Europe, modèles auto-hébergés
Mistral AI
Éditeur français, basé à Paris. Le Chat est l'équivalent de ChatGPT pour les équipes, avec des offres professionnelles hébergées en Europe ; les modèles sont aussi disponibles par API et, pour plusieurs d'entre eux, en poids ouverts que l'on peut installer sur ses propres serveurs. C'est l'option la plus simple pour rester sous droit européen sans changer les habitudes des utilisateurs. La page Mistral et le comparatif Mistral ou GPT en entreprise détaillent les cas où la qualité est équivalente.
Claude (Anthropic) via des clouds européens
Les offres Claude Team et Enterprise excluent l'entraînement sur les données professionnelles par défaut, d'après l'éditeur. Pour les usages par API, les modèles Claude sont disponibles sur Amazon Bedrock et Google Cloud Vertex AI dans des régions européennes, sous le contrat de ces clouds, ce qui permet de garder les données en Europe. L'éditeur reste américain, comme OpenAI. La page Claude décrit ces options.
Modèles ouverts auto-hébergés
Mistral, Llama, Qwen, Gemma : des modèles à poids ouverts installés sur un serveur en France ou dans vos locaux, servis avec vLLM pour une équipe ou avec Ollama sur un poste. Aucune donnée ne sort. La contrepartie : un serveur GPU (de l'ordre de 500 à 3 000 € par mois selon la charge), une compétence pour l'exploiter, et une qualité à mesurer sur vos cas, parfois en retrait des meilleurs modèles fermés sur les tâches complexes. Le guide IA souveraine et hébergement en France compare ces architectures.
Microsoft Copilot
Pour les entreprises déjà sur Microsoft 365, Copilot utilise les modèles OpenAI dans l'environnement Microsoft, avec ses engagements de localisation. C'est une option cohérente pour l'usage bureautique, avec les mêmes limites qu'un abonnement : aucune connaissance profonde de vos documents au-delà de ce que SharePoint indexe, et aucune mesure de qualité.
Quand un assistant sur mesure est justifié
Un abonnement professionnel bien encadré suffit pour rédiger, résumer et reformuler. Un assistant sur mesure se justifie quand au moins deux de ces conditions sont réunies :
- les réponses doivent s'appuyer sur vos documents internes, avec les sources citées et des droits d'accès par équipe ;
- les données sont sensibles (santé, juridique, industrie, marchés publics) et doivent rester en France ou dans vos murs ;
- l'IA doit agir dans vos outils (CRM, comptabilité, ERP, agenda) et plus seulement écrire ;
- la qualité doit être prouvée par des mesures, parce que des décisions en dépendent ;
- le volume justifie de payer à l'usage plutôt que par siège.
Deux formes existent. L'assistant IA documentaire repose sur la recherche augmentée par génération (RAG) : il retrouve les bons passages dans vos documents et rédige une réponse qui les cite, avec le modèle de votre choix, hébergé où vous voulez. Le fonctionnement est expliqué dans le guide RAG : c'est quoi. Le serveur MCP sur mesure relie les assistants que vous utilisez déjà (Claude, ChatGPT, Mistral) à vos outils métier, avec les droits de chaque utilisateur et une journalisation, hébergé en France. Les deux se combinent souvent : le RAG pour les documents, le serveur MCP pour les actions.
Ordres de grandeur constatés en France : de 8 000 à 40 000 € de mise en place pour un assistant documentaire, livré en 4 à 10 semaines ; un serveur MCP se met en place en quelques semaines, avec un pilote sur vos usages réels avant d'élargir. Une agence IA facture ce type de projet à la journée et par profil ; en freelance IA, le périmètre et le forfait sont écrits avant de commencer.
Checklist DSI avant de déployer ChatGPT en entreprise
- Inventaire des usages réels : qui utilise quoi, avec quel compte, sur quelles données (un sondage anonyme suffit).
- Choix de l'offre : abonnement professionnel avec DPA, comptes individuels interdits, facturation centralisée.
- Lecture des conditions en vigueur : entraînement, conservation, localisation, sous-traitants ultérieurs, transferts hors UE, clauses d'audit. Copie datée conservée.
- Inscription au registre des traitements, mise à jour de l'information des personnes concernées, avis du DPO.
- Authentification unique sur l'annuaire, double facteur, désactivation des comptes au départ des salariés.
- Charte d'usage signée, formation par équipe, référent nommé.
- Liste des données interdites appliquée techniquement quand c'est possible (filtrage des identifiants, blocage des exports).
- Journal des usages et revue semestrielle des conditions de l'éditeur.
- Décision explicite pour les cas sensibles : alternative européenne, modèle auto-hébergé ou assistant sur mesure.
- Mesure : ce que l'outil fait gagner, service par service, pour décider du deuxième pas.
Si vous souhaitez un regard extérieur sur cet inventaire, ou si un premier outil IA existe déjà et pose question, un audit IA de 3 semaines ou un appel de 20 minutes permettent de trancher sur vos cas concrets.
Assistant IA documentaire (RAG)
Intégration IA générative : un assistant documentaire (RAG) qui répond depuis vos documents et cite ses sources, hébergé en France. Livré en 4 à 10 semaines.